On peut faire cours dehors?

04.03.2019

Leïla Mostefa-Kara, Observatoire québécois du loisir

 

Selon l’étude de Largo-Wight et de ses collaborateurs (2018), les classes extérieures seraient propices à améliorer le bien-être et la capacité d’apprentissage des enfants.

 

 

De plus en plus de recherches dévoilent l’importance de passer du temps dehors pour les jeunes. Dans un contexte éducatif, les élèves qui sortiraient le plus et profiteraient de la nature seraient plus en santé, mais aussi plus heureux et attentifs.

 

Depuis 2005, une constatation notoire est apparue : nous serions de moins en moins connectés à la nature selon le livre intitulé "Last Child in the Woods: Saving our children from nature deficit disorder" (Louv, 2005).

 

Pourtant, il est démontré que le temps passé en pleine nature favoriserait une bonne santé, stimulerait l’apprentissage des enfants et améliorerait autant la concentration que les habiletés sociales. Cela pourrait même aller jusqu’à influencer la pratique d’activité physique, et par conséquent, aider à maintenir une bonne santé physique en général. En d’autres termes, le plein air aurait un impact sur la santé globale et surtout, serait propice à contribuer au bien-être. Pour leur étude, Largo-Wight et ses collaborateurs ont retenu la théorie selon laquelle la nature aurait la capacité de stimuler des zones du cerveau, qui ont parfois tendance à être laissées de côté, pour ainsi restaurer notre attention. Les auteurs complètent cette perspective théorique en considérant que la nature permettrait d’atténuer le stress en éloignant notre attention de certains facteurs qui en sont la cause. Réduire ce stress dès le plus jeune âge permettrait aux enfants de grandir de façon épanouie, tout en prévenant les problèmes de santé et les difficultés d’apprentissage, qui peuvent persister à l’âge adulte.

 

Même si plusieurs études ont déjà certifié l’impact positif des périodes d’apprentissage en pleine nature pour les élèves, la plupart des recherches ont été effectuées en Europe et peu en Amérique du Nord.

 

Ces chercheurs américains ont donc souhaité mesurer les impacts d’une immersion dans la nature dans un contexte scolaire, en comparant une classe donnée en plein air à une classe traditionnelle donnée à l’intérieur. À noter que ces deux classes proposaient exactement les mêmes matières de cours. L’étude s’est déroulée sur une période de six semaines, incluant deux classes de maternelles qui provenaient d’une école publique élémentaire du Sud-Est des États-Unis. Dans chaque classe se trouvaient 18 enfants âgés de cinq à six ans, soit en tout, 36 jeunes.

 

L’objectif était d’analyser l’impact des périodes d’apprentissage à l’extérieur, en observant comment ces leçons étaient reçues par les jeunes. À l’aide de plusieurs instruments (observations, questionnaires adressés aux enfants et aux professeurs), les chercheurs ont ressorti des points caractéristiques.

 

Bien que les observations restent modestes et qu’il est difficile de parler de résultats remarquables, il a été établi que durant les classes extérieures, les professeurs avaient moins besoin de reprendre les élèves quant à leur comportement entraînant de l’inattention. Selon cette étude, les enfants semblaient également plus concentrés et de tels résultats obtenus seraient directement liés à l’exposition à la nature. Selon les chercheurs, il était intéressant de voir que les jeunes ne semblaient pas distraits par les bruits extérieurs, tels qu’un camion au loin qui passait, ou encore par un oiseau qui venait chanter tout près d’eux. Alors que dans la classe donnée à l’intérieur, les élèves semblaient être davantage dérangés par les bruits quotidiens comme celui d’une porte.

 

De plus, les professeurs ont remarqué une amélioration sur le bien-être des enfants, ainsi que sur leur enthousiasme. Toutefois, l’analyse réalisée auprès des élèves ne démontre aucune différence significative entre la classe extérieure et la classe intérieure. En effet, les élèves pouvaient donner leur avis sur leur état d’âme, en répondant par le biais d’icônes de style bonhomme sourire à la question suivante : « Comment vous sentez-vous aujourd’hui? ».

 

Finalement, cette expérience démontrerait l’effet positif de la pédagogie en plein air sur le climat de la classe, sur la capacité attentionnelle des élèves ainsi que, modestement, sur l’atteinte d’un bien-être. Selon les chercheurs de cette étude, ce type d’éducation contribue non seulement à améliorer quelque peu la santé des enfants, mais favorise également l’apprentissage.

 

Synthèse de l’article scientifique de :

 

Largo-Wight, E., Guardino, C., Wludyka, P. S., Hall, K. W., Wight, J. T., & Merten, J. W. (2018). Nature contact at school: The impact of an outdoor classroom on children’s well-being. International Journal of Environmental Health Research, 28(6), 653-666. doi:10.1080/09603123.2018.1502415

La marche en milieu naturel et le bien-être psychologique : une étude québécoise

04.03.2019

Valérie Hervieux, M.Sc., étudiante, Secteur du loisir et du sport, MEES

Louv (2008) et Cardinal (2010) soulignent que le mode de vie urbain et moderne coïncide, entre autres, avec l’augmentation des problèmes de santé mentale. Ces auteurs attribuent principalement cela au manque d’activités physiques, mais également à la diminution du contact avec la nature. Selon Statistique Canada (2013), environ 81 % de la population québécoise vit en milieu urbain. Au Québec, seulement 54,6 % des adultes âgés de 18 ans et plus seraient actifs physiquement (Statistique Canada, 2012, cité dans Nolin, 2015). C’est donc en réfléchissant aux enjeux du mode de vie urbain et sédentaire que Vincent Bergeron a, dans le cadre de sa maîtrise en psychopédagogie à l’Université Laval, conduit un projet de recherche sur les effets bénéfiques de la marche en milieu naturel sur le bien-être psychologique. Il s’est intéressé à la marche en milieu naturel puisqu’elle aurait à la fois le potentiel d’augmenter la pratique d’activités physiques et de favoriser le contact avec la nature.

 

 

Pour y arriver, deux groupes de participants ont été recrutés. L’un des groupes a d’abord marché à l’intérieur à raison de 150 minutes (réparties sur environ 5 séances) par semaine, et ce, pendant quatre semaines. Pendant ce temps, l’autre groupe de participants marchait aussi environ 150 minutes par semaine, mais en milieu naturel (dans une forêt située sur le campus universitaire). Après les quatre semaines, les marcheurs ont pris une semaine de pause. Ils ont ensuite repris la marche, mais dans l’autre environnement. Différentes variables associées au bien-être psychologique, soit l’humeur, l’anxiété, les symptômes dépressifs et la fatigue, ont été mesurées avant et après chaque période de quatre semaines.

 

Les résultats obtenus suggèrent que la pratique de la marche, qu’elle soit réalisée à l’intérieur ou en milieu naturel, offre des bénéfices similaires en améliorant l’humeur et en diminuant les symptômes dépressifs et la fatigue. Ce qui est intéressant, c’est que les résultats obtenus pour l’anxiété suggèrent que l’anxiété serait perçue significativement moins élevée par les participants lorsque les séances de marches étaient réalisées en milieu naturel que lorsqu’elles étaient réalisées dans un milieu intérieur (P = 0,02). Bien que cette étude comporte quelques limites, tels qu’un petit nombre de participants, les résultats sont encourageants et représentent une raison de plus pour participer à des activités de plein air. Cela est d’autant plus stimulant puisque la marche est une activité accessible, peu coûteuse et qu’il est possible de la réaliser en milieu naturel, tout en étant en milieu urbain.

Références :

Cardinal, F. (2010). Perdus sans la nature – Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier, Québec Amérique, 201 p.

 

Louv, R. (2008). Last child in the woods: Saving our children from nature-deficit disorder, Algonquin Books of Chapel Hill, 390 p.

 

Statistique Canada (2013). Population urbaine et rurale, par province et territoire (Québec). Repéré le 27 février 2018 à : https://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/demo62f-fra.htm

 

Statistique Canada. Tableau 13-10-0096-01 Caractéristiques de la santé des canadiens, estimations annuelles. Repéré le 28 février 2019 à : https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=1310009601

Please reload

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now